Transformation Numérique : piloter la Finance à l’ère de l’innovation digitale – Eric DEFLINE – CRO à temps partagé

Eric DEFLINE, DRH à temps partagé s'exprime sur la transformation numérique

« Ce que j’ai observé, c’est que les outils utiles qui nécessitaient auparavant de gros déploiements et un budget conséquent, sont aujourd’hui accessibles aux TPE-PME. Et ces dernières n’en ont peut-être pas conscience… »

Éric DEFLINE est Directeur Financier à temps partagé. Par conséquent, son métier l’amène à poser un regard avisé sur la transformation numérique en cours au sein des PME. Sa parole est d’autant plus intéressante qu’il est amené à intervenir de façon opérationnelle dans des PME de tailles diverses qui évoluent sur des marchés différents. Nous sommes donc partis à sa rencontre pour recueillir ses réflexions sur l’évolution de son métier et plus généralement sur la manière dont les TPE-PME s’adaptent aux enjeux posés par la transformation digitale.

Bonjour Éric, pouvez-vous commencer par vous présenter ?

Éric DEFLINE : Je suis Directeur Financier à Temps Partagé chez Finaxim et j’exerce cette activité depuis bientôt 8 ans. Auparavant, j’ai fait de l’audit, puis exercé au sein de grands groupes, comme Renault-Nissan, ou encore dans une ETI internationale avec des filiales dans le monde entier et un chiffre d’affaires de 250 M€ en très forte croissance. J’ai ensuite géré une petite PME qui a eu jusqu’à 19 salariés et qui, malheureusement, n’a pas survécu à la période Covid. À la suite de cette dernière expérience, j’ai souhaité mettre mon vécu au service des PME. J’ai donc une double casquette : entrepreneur et Directeur Financier.

J’organise mon activité autour d’une dizaine de clients pour qui je suis leur Directeur Financier et que j’accompagne dans la durée. Il est assez rare que je travaille pour tous mes clients simultanément. J’accompagne au quotidien les entreprises dont les besoins nécessitent une présence régulière. Pour d’autres clients aux besoins plus limités, j’interviens de façon ponctuelle, soit au moment de l’arrêté annuel des comptes, pour établir le budget annuel, ou lorsque des questions spécifiques surgissent. Mes prestations peuvent être espacées de plusieurs mois pour certains d’entre eux.

 

Quel a été le déclic pour vous lancer comme DAF à temps partagé ? 

É.D. : Je voulais me rendre utile. Quand on est Directeur Financier chez Renault, on est un parmi des centaines d’autres à l’échelle du groupe… Alors que lorsque j’interviens en tant que DAF dans une TPE-PME, c’est en général parce que le poste n’est pas pourvu. Donc, j’ai la possibilité d’apporter une plus-value significative au dirigeant.

Il me semble important de préciser qu’au-delà des compétences de Directeur Financier, j’accompagne le ou la dirigeante sur des enjeux stratégiques et de structuration de la société.

 

On dit que votre métier a considérablement évolué ces dernières années ? De quelle façon ?

É.D. : En effet, autrefois garant de la conformité des documents comptables, les missions du DAF ont évolué : prendre des décisions stratégiques qui impactent directement le business de l’entreprise, plus de transversalité avec les autres départements de l’entreprise …  En somme, créer davantage de valeur pour l’entreprise.

C’est concrètement ce que je vis dans les sociétés dans lesquelles j’interviens. Je supervise les comptes, je m’occupe du reporting financier quand ma fonction comprend aussi un aspect contrôle de gestion et planification, 

mais je viens aussi challenger d’autres départements de l’entreprise sur leurs coûts ou sur la rentabilité de certains investissements. 

Y a-t-il d’autres aspects de votre métier qui ont évolué ?

É.D. : Je ne sais pas si c’est une évolution ou si ça fait partie des choses qui sont moins visibles, mais elles font partie des choix stratégiques de l’entreprise. Est-ce que j’attaque tel marché plutôt que tel autre ? Ou encore, si l’entreprise a la possibilité d’investir un budget conséquent, où choisit-on de porter l’investissement ? Avec quelles perspectives de ROI ? Cet investissement est-il en cohérence avec la stratégie de l’entreprise ? 

Le DAF est aussi confronté à des questions de croissance. Est-ce que l’entreprise a intérêt à mener une stratégie de croissance externe ? Si une opportunité d’acquisition se présente, ai-je suffisamment de compétences en interne pour réaliser et digérer cette opération ?

On va bien au-delà du rôle traditionnel que vous présentiez de conformité des chiffres, on touche à des questions stratégiques qui déterminent le futur de l’entreprise. 

J’apporte justement aux TPE-PME que j’accompagne cette capacité à se poser des questions et donc à se projeter à plus long terme. J’associe mon regard de gestionnaire à celui stratégique du dirigeant qui n’a pas toujours intégré des enjeux financiers.

Les choses évoluent aussi dans le cadre de la transformation numérique. 

Ce que j’ai observé, c’est que les outils utiles qui nécessitaient auparavant de gros déploiements et un budget conséquent, sont aujourd’hui accessibles aux TPE-PME. Et ces dernières n’en ont peut-être pas conscience… 

Il y a 8 ans, j’ai mis en place la facturation électronique dans une grosse ETI internationale avec des volumétries élevées (jusqu’à 50.000 factures par mois). Cela a nécessité de gros déploiements en termes d’architecture informatique. Aujourd’hui, la technologie a évolué et les développements ne sont plus aussi complexes. Les TPE-PME doivent savoir qu’elles ont désormais accès à ces solutions, qu’elles croyaient réservées aux grands groupes, pour un coût quasi dérisoire, et une grande facilité de mise en œuvre.

Si les outils de transformation numérique sont facilement utilisables par des TPE-PME, beaucoup d’entreprises dans lesquelles je suis intervenu n’avaient pas ces outils. Dans leur cœur de métier, elles étaient parfaitement bien organisées, mais dans la partie comptable et financière, on en était encore à des systèmes relativement obsolètes, voire inexistants. 

Pour moi, la transformation que je constate depuis quelques années, c’est effectivement cette accessibilité et ce retard, mais avec une opportunité de déployer tous ces outils, et donc de vraiment gagner en productivité. 

Qu’est-ce permettent ces outils de dématérialisation ?

É.D. : La première chose évidente, ce sont les gains de productivité. Les équipes se consument moins sur des missions chronophages et ont plus de temps pour réaliser des tâches à plus forte valeur ajoutée.

La seconde chose, c’est que la dématérialisation de certaines tâches permet de réduire les délais de clôture mensuels, ce qui n’est pas du tout une habitude des TPE-PME. Elles ont désormais la capacité d’avoir une visibilité financière tous les mois, alors qu’avant, elles avaient parfois une visibilité juste une fois par an. 

 

Quels sont pour vous les outils numériques indispensables et désormais accessibles aux TPE-PME ?

É.D. : En premier, ce sont les outils de mise en place de la facturation électronique. En commençant par la facturation électronique au sens fournisseur, pas client, puis tout ce qui concerne la gestion des notes de frais et tout ce qui va avec au sens du paiement tiers via des cartes.

Aujourd’hui, pour moi, une PME ne doit quasiment plus passer d’écriture comptable en manuel, c’est-à-dire que 99% de ses écritures doivent être des écritures automatiques qui s’interfacent avec des systèmes, et tous ces systèmes doivent être interfacés avec la comptabilité.

 

D’accord, mais je suppose que cela demande aussi une compétence humaine en informatique ?

É.D. : Oui, notre métier évolue aussi en ce sens, on peut parler « d’appétence technique », ainsi que le rôle de la personne qui administre les systèmes d’information de l’entreprise. Et puis nous sommes entourés : en général, il y a un système comptable avec un prestataire comptable, un éditeur du site comptable, un prestataire dans les outils de dématérialisation ou de facturation électronique …

Une nouvelle fois ce qui était très complexe il y a quelques années ne l’est plus aujourd’hui. 

Les outils de dématérialisation se développent, car les éditeurs font en sorte que leurs solutions s’interfacent simplement avec les systèmes d’information de l’entreprise grâce aux API. Ils ont éliminé une contrainte technique qui était à la fois très coûteuse et chronophage. 

On pouvait avoir un logiciel qui coûtait plusieurs milliers d’euros et avoir de longs développements pour le mettre en place, à l’échelle d’une PME,  cela peut paraître très long. Et donc, les gens étaient réticents à y aller… Le développement lourd est de plus en plus rare.

 

Quand je vous ai demandé de citer les outils qui pour vous paraissent les plus pertinents à installer, vous m’avez cité la facturation électronique. Pourquoi ? 

É.D. : Parce que le cœur du métier d’une entreprise, c’est de facturer. Par conséquent, son 1er souci, c’est de bien facturer, de s’assurer que sa facture est reçue. Et si elle est reçue, elle sera payée, de même la relance de la facture, si nécessaire, sera plus simple à détecter et initier. Il y a derrière tout ça des enjeux de trésorerie qui sont assez significatifs.

 

Venons-en justement à la réforme de la facture électronique que le législateur a décidé de décaler. Les entreprises sont-elles prêtes ?

É.D. : Je connais bien la question.  Ce que je constate, c’est que pour beaucoup de PME ou TPE, pour l’instant, la facture électronique se limite à envoyer une facture en PDF par email.

Les PME qui font moins de 10 M de CA, ignorent pour l’instant, très majoritairement, les changements que cela implique en matière d’outils et d’organisation. L’avantage pour celles qui travaillent déjà avec le secteur public et qui ont Chorus, est qu’elles seront déjà familière avec le nouveau fonctionnement à venir, qui restera relativement similaire à Chorus. Elles auront plus de facilité à s’adapter. Mais pour celles qui n’en sont pas encore là, elles sont totalement éloignées de la compréhension de ce qu’est notamment une PDP et ce nouveau système de facturation électronique.

 

Vous pointez du doigt qu’il y a une urgence pour les entreprises qui n’ont pas encore bien saisi tous les tenants et les aboutissants de la réforme d’accélérer ?

É.D. : Objectivement, la réforme n’est pas si compliquée à mettre en œuvre, il s’agit plus d’une « transformation intellectuelle » qu’opérationnelle. Les éditeurs de logiciel vont grandement leur faciliter la tâche. Et bien souvent, c’est l’expert-comptable qui va devoir faire ce travail.

 

Qu’entendez-vous par « Transformation intellectuelle « ?

É.D. : Le système actuel permet aux entreprises de jouer sur leur déclaration de TVA. La réforme fera que la facturation client sera d’une certaine manière rendue publique. Et donc, on ne pourra plus jouer dessus pour éventuellement avoir des incidences positives sur la TVA. On donne une transparence intégrale de son système qui va rentrer dans des circuits, je ne vais pas dire étatiques, mais dans des circuits publics.

Ce qui est sûr, c’est que ça devrait faciliter les déclarations de TVA, et donc réduire notamment la fraude à la TVA, et par ricochet améliorer les finances publiques. Maintenant, le diable étant toujours dans les détails, il est évident qu’au début, il va y avoir un certain nombre de bugs dans les systèmes qui vont devenir par la suite beaucoup plus cadrés et verrouillés.

 

Comment les TPE-PME qui n’ont justement toujours pas travaillé sur le chantier de la réforme de la facturation électronique, vont-elles s’y préparer ?

É.D. : Les TPE-PME sont réputées pour être flexibles, elles inscrivent leur activité dans des processus courts. À contrario, elles n’anticipent pas assez sur un temps plus long, donc malheureusement le sujet de la facturation électronique est éloigné de leurs priorités. Toutes les TPE-PME ne fonctionnent pas ainsi, notamment celles qui font appel à un DAF externalisé, mais c’est rare… C’est le sens de mon travail : (re)donner à l’entreprise une vision à moyen terme.

J’essaie toujours d’expliquer à mes clients que ce n’est pas parce qu’on est une PME qu’on ne peut pas avoir des processus de clôture mensuelle dignes d’un grand groupe. Justement, c’est même plus facile quand on est plus petit. Le meilleur moyen de le faire, c’est de mettre en place des outils comme la facturation électronique, qui vont permettre d’atteindre ce but-là et dans un second temps de gagner en productivité, rigueur, et contrôle, puisque le temps dégagé sur des tâches à faible valeur ajoutée va être dédié à d’autres actions plus qualitatives. 

Dans les TPE ou PME dans lesquels vous intervenez, quel est le 1er critère de choix au moment d’opter pour un outil qui gère la facturation électronique ?

É.D. : Comme toujours, la simplicité d’utilisation. Plus l’outil est simple à mettre en œuvre et à utiliser, mieux c’est. Les éditeurs l’ont bien compris grâce à des API qui s’interconnectent avec l’environnement informatique des clients. Les TPE-PME veulent des solutions simples, intuitives, avec peu de développement et qui s’adaptent à leur évolution. Quant à la conformité offerte par une solution, c’est pour l’entreprise supposé être un acquis.

Évidemment, dans le cadre de la réforme de la facturation électronique, les entreprises font naturellement le choix d’une PDP labellisée par l’État. C’est un facteur de réassurance important. Il n’y a pas de débat autour de ça. 

 

Quand vous avez parlé des outils numériques à implémenter en priorité, vous n’avez pas cité la signature électronique. Pourquoi ?

É.D. : Disons que dans la sphère financière, ce n’est pas le plus important. C’est une solution très utile pour une société qui envoie de nombreux devis et fait signer des contrats. On ne fait pas signer tant de choses que ça dans le domaine financier. 

Merci de nous avoir accordé cet entretien passionnant et foisonnant Éric !

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